Aller au contenu principal
Article International
Partager

Iran : le fils de l'ayatollah rame et le régime prend l'eau

Photo de Ali Ameri
Ali Ameri

Journaliste et cinéaste iranien, il vit actuellement en France. Il écrit sur les affaires iraniennes et moyen-orientales ainsi que sur les arts en relation avec la politique.

Iran : le fils de l'ayatollah rame et le régime prend l'eau
Urbs

Entre les missiles qui tombent et l'héritier de l'ayatollah qui semble avoir disparu, la République islamique a du mal à reprendre son souffle.

À Téhéran, on ne parle plus de stabilité du régime, mais de sa capacité à tenir debout d’ici la fin de la semaine. Officiellement, tout va bien. Officieusement, les fauteuils du pouvoir se vident plus vite qu’ils ne se remplissent. Dernier exemple en date : l’élimination d’Ali Larijani, vétéran du système et incarnation d’une continuité institutionnelle que l’on croyait inoxydable. Nommé en grande pompe secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale en août 2025, il aura finalement surtout démontré que dans l’Iran actuel, les postes les plus stratégiques sont à durée… très déterminée. La disparition de cet habitué des dorures du Majlis (le Parlement), dont il a tenu le perchoir pendant des années, confirme une chose : les adversaires de Téhéran – en particulier Israël – ont réussi à infiltrer les échelons supérieurs de l'appareil sécuritaire et politique iranien.

Mais au-delà du cas Larijani, c’est toute la mécanique du pouvoir iranien qui donne des signes de fatigue avancée, à l’opposé de l’image de résilience et de maîtrise donnée pendant des années par les dirigeants. Depuis la mort d’Ali Khamenei en février 2026, la transmission du pouvoir à son fiston, Mojtaba Khamenei, tient davantage du communiqué administratif que de la démonstration d’autorité.

L'hériter de l'ayatollah à la peine

Pour le Norouz (le Nouvel An perse), le 20 mars dernier, le peuple iranien a bien eu droit à un message officiel attribué au nouvel ayatollah. Mais entre les lignes, on cherche encore le souffle prophétique. À Téhéran, les mauvaises langues, qui risquent gros, murmurent que le message a été rédigé, tamponné et envoyé directement par le QG des Gardiens de la Révolution, qui sont considérés comme exerçant une influence considérable en coulisses. Ce flou n’est pas qu’un détail institutionnel. Il alimente l’idée d’un basculement progressif vers un pouvoir plus opaque, plus militarisé, et surtout moins contrôlable.

La convergence de ces facteurs — assassinats ciblés, incertitude quant à la direction du pays et guerre qui perdure — a soumis le système iranien à une pression extraordinaire. Ce qui était autrefois un ordre politique étroitement contrôlé apparaît aujourd’hui de plus en plus fragmenté, avec des centres de pouvoir rivaux et une pression extérieure croissante.

Ajoutez à cela une série d’assassinats ciblés, une guerre régionale qui s’intensifie et des tensions internes persistantes, et vous obtenez un environnement dans lequel les faiblesses internes risquent davantage de se manifester. Pour Téhéran, le problème ne se limite pas à se protéger de ses ennemis extérieurs. Il s’agit désormais de maintenir une cohésion interne qui se fissure à mesure que disparaissent les figures expérimentées du régime. Avec elles, c’est toute une mémoire politique et une capacité de gestion de crise qui s’évaporent.

Panique à bord

Deux scénarios se dessinent alors, aussi peu rassurants l’un que l’autre : soit une lente érosion de l’autorité de l’État, façon domino institutionnel, soit un durcissement encore plus marqué, avec un pouvoir sécuritaire omnipotent. Dans les deux cas, la République islamique s’éloigne de son image de forteresse idéologique maîtrisée.

Il apparaît de plus en plus clairement que l'Iran entre dans une période de profonde transformation. La conjonction de la guerre, de la fragmentation interne et de l'ambiguïté au niveau du pouvoir est en train de redessiner le paysage politique du pays d'une manière qui pourrait s'avérer difficile à inverser. La chute successive de hauts responsables est bien plus qu'une simple série d'événements isolés. Si le régime donne aujourd’hui l’impression d’un système qui tient encore, ses boulons sautent un à un sous la pression. Et dans ce genre de mécanique, l’histoire montre que la chute ne prévient jamais.

À lire aussi

Voir tous les articles →

·