Un bande dessinée raconte les dessous de l'ascension de Gabriel Attal
Spécialisé dans les sujets environnement et société, il a travaillé pour Arte, Public Sénat, France 3 , Siné Mensuel, Reporterre et pour La Terre au Carré sur France Inter. Il est directeur de la publication de Narval.
Une bédé graphique sort pour raconter l'histoire éphémère de l'ancien protégé de Macron. Forcément, ça nous intéressait !
Aligné sur la grille de départ pour la présidentielle, l'ancien et éphémère Premier ministre se sent pousser des ailes. L’illustratrice Victoria Grenier, qui croque pour Narval, revient sur ce parcours précoce avec une bande dessinée originale tantôt espiègle, tantôt nostalgique, avec un coup de crayon cocasse. L'histoire est plutôt limpide : une jeune recrue macroniste propulsée par son mentor aux manettes du pouvoir se voit porter, à son tour, la couronne de laurier. Pour cela, il est prêt à tout. Pour nous emmener dans cet univers, l'auteure a choisi de tout dire à travers les yeux de sa chienne Volta.
Bonjour Victoria. Les lecteurs de Narval vous connaissent grâce à quelques dessins que vous avez diffusés chez nous. Comment vous est venue l'idée de dessiner une BD sur un outsider politique qu'est Gabriel Attal ?
Gabriel Attal était un responsable politique de premier plan quand on s'est lancé dans l'aventure avec mon scénariste. Quand il arrive à Matignon, ce n'est pas l'outsider qui nous intéresse, mais ce qu'il incarne : la politique de l'image et du storytelling. Il maîtrise les codes visuels et les réseaux sur le bout des doigts, ce qui en fait un sujet idéal pour une dessinatrice, surtout quand il a exposé sa chienne, Volta, au monde entier.
Pour la présidentielle, on se doutait bien qu'il se présenterait. Dès 2024, en observant la mécanique de son ambition, on s'est dit qu'il faudrait raconter la fabrication d'un futur candidat.
Quel est votre parcours ?
Mon parcours est un vrai détournement de trajectoire ! Très poussée par ma famille vers les sciences, j'ai d'abord fait une première année de médecine. Le dessin ne devait être qu'une passion secondaire... mais elle a fini par l'emporter. J'ai quitté Strasbourg pour Paris afin de me former au dessin professionnel, notamment en réalisation de films d'animation à l'Atelier de Sèvres.
J’y ai réalisé notamment mon court métrage d’animation féministe et humoristique, Modern Man.
Une fois diplômée, j'ai travaillé pendant plusieurs années comme storyboardeuse sur des séries animées (comme Viking School chez Disney ou Angelo la Débrouille chez TeamTO). C'est là que j'ai forgé mon sens du rythme, du cadrage et de la mise en scène.
En parallèle, j'ai commencé à réinjecter ma culture scientifique dans la BD avec Emma Eurêka (parue en septembre 2024) aux éditions Scrineo. Accréditée à l'Assemblée nationale depuis 2022, je dessine les coulisses du pouvoir sur le vif et vois défiler les gouvernements en direct.
Les coulisses du pouvoir semblent être une sorte de passion chez vous.
Plus qu'une passion, c'est une fascination d'observatrice. Mon passage par la médecine m'a appris l'anatomie et le sens du détail, mes années dans le cinéma d’animation m'ont donné l'œil pour la mise en scène. Quand on observe la politique de près, on réalise à quel point tout est chorégraphié. Ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les éléments de langage officiels, mais les micro-gestes, la com' assumée, les hésitations et les tensions qui surgissent dès que la caméra se coupe. C'est un théâtre permanent, et le dessin de presse ou la BD satirique sont les meilleurs outils pour en révéler les ficelles.

Combien de temps avez-vous mis pour réaliser ce travail ?
Entre les premiers croquis de terrain à l'Assemblée, les premières recherches graphiques, le montage du dossier de présentation du projet et la réalisation des planches, il m'a fallu environ un an de travail intensif.
L'œil de la chienne Volta : une astuce pour lui faire dire ce qu'on veut en évitant un procès ?
Nous n’avions pas de crainte de procès, juste l'envie de montrer la politique sous un autre angle pour toucher toutes celles et ceux qui s'en sont éloignés en les y ramenant par la... satire !
Le chien est le seul être vivant qui entre dans le bureau du Premier ministre, assiste aux réunions de crise, voit passer les conseillers... sans aucun filtre politique. Volta ne vote pas, elle n'a pas de carte de parti. Raconter l'histoire à hauteur de truffe permet de sortir de la caricature partisane classique pour faire une vraie chronique de mœurs. Et sur le plan satirique, le décalage entre la gravité artificielle des hommes politiques et le pragmatisme d'un chien qui cherche juste sa friandise ou à jouer, c'est une mine d'or d'humour.
Il y a beaucoup de flash-back sur l'époque Mitterrand. Pourquoi faire intervenir le fantôme du chien de l'ancien président, qui s'appelait Baltique ?
Baltique, c'est la mémoire canine du pouvoir. Dans la mythologie politique française, la chienne de Mitterrand est devenue un symbole à part entière. Faire dialoguer Baltique et Volta, c'est opposer la "vieille politique" des grands récits mitterrandiens à la « com' instantanée » d'aujourd'hui. Baltique joue le rôle de mentor cynique et expérimenté qui explique à la jeune Volta comment les hommes politiques bâtissent leur image pour accéder au sommet de l’État.

Quels sont vos prochains projets ?
L'actualité ne s'arrête jamais, donc mes crayons non plus ! Je continue mon travail d'observation et de dessin de presse, notamment en gardant un œil aiguisé sur la vie parlementaire et les évolutions politiques à venir. Côté BD, je continue d'explorer des thématiques où la rigueur du décryptage rencontre l'humour. La sortie simultanée d' « Eurêka » puis de « Dans les pattes de Gabriel Attal » montre que j'aime passer du monde scientifique à la politique brute — et il y a encore énormément de terrains à défricher dans ces deux univers ! Ma prochaine héroïne s'appelle Lilou, une collégienne déterminée qui rêve de devenir journaliste scientifique (les épisodes seront publiés dans le magazine jeunesse « L’Éléphant Junior »). Son terrain de jeu, c’est d’aller interviewer directement les plus grandes figures de la science !
S'il fallait faire une nouvelle BD avec un autre personnage politique, ca serait qui ?
J'ai déjà un grand projet en cours qui me tient particulièrement à cœur !
En ce moment, je mène une série d'entretiens avec de nombreuses femmes politiques d'horizons divers. Mon ambition est de dresser un panorama de la place de la femme en politique aujourd'hui, d'interroger la réalité de l'exercice du pouvoir et de mettre à l'honneur les pionnières qui ouvrent la voie.
Narval est né de l'envie de faire connaître des talents comme vous, dans un monde encore libre mais qui se rétracte sous les coups de boutoir de l'extrême droite. Vous promettez de rester avec nous ?
La satire et le dessin de presse sont des baromètres essentiels de la liberté d'expression. Dès que la politique se crispe ou que l'autoritarisme gagne du terrain, ce sont toujours la caricature et l'humour qui sont visés en premier, parce qu'ils désarment la langue de bois.
Mon travail est de continuer à observer, à dessiner et à exercer ce droit à l'impertinence avec rigueur et indépendance, peu importe d'où viennent les pressions. Tant qu'il y aura des espaces libres et engagés comme Narval pour donner de la voix aux créateurs, je serai au rendez-vous. On ne lâche rien !

"Dans Les Pattes de Gabriel Attal" de Victoria Grenier
Sorti le 9 septembre 2026 aux Editions Point Nemo - 144 pages.