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Mélenchon, le MEDEF et le SMIC : Rira bien qui rira le dernier

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Jean Korzeniowski

Juriste de formation, il ne dit que la vérité, rien que la vérité.

Mélenchon, le MEDEF et le SMIC : Rira bien qui rira le dernier
Truant

Lorsqu’une assemblée de patrons éclate de rire à l’évocation d’une hausse du SMIC, une séquence politique virale devient un aveu social. Derrière le rire des fortunés se dévoile une France qui exige des salariés qu’ils encaissent l’inflation pendant que les actionnaires se goinfrent sans contrepartie.

Le rire spontané est parfois le programme politique le plus honnête.

Le 27 août, à Roland-Garros, Jean-Luc Mélenchon faisait partie des sept candidats déclarés à la présidentielle invités à exposer leur programme devant le MEDEF, l’un des syndicats des patrons. Lorsqu’il a lancé qu’il fallait « augmenter le SMIC », la salle a ri. Elle ne s’est pas fendue d’un petit rire diplomatique, mais d’un rire franc. Celui d’une fraction de la population qui semble n’avoir plus aucune idée des conditions de vie de la majorité des Français et qui se gausse du fait que le petit personnel puisse lui réclamer un peu plus que les quelques miettes qui lui sont déjà si généreusement accordées.

Le pari de l'augmentation des salaires

Mélenchon n’était naturellement pas venu chercher l’approbation du MEDEF. Il n’avait pas choisi Roland-Garros pour travailler son revers avec Patrick Martin, mais pour jouer le rôle qu’il affectionne : le procureur dans le salon des bourgeois. Sans pourtant jouer au bolchevique échevelé, il expliquait ensuite que, faute de partager les revenus, la France tomberait en récession et que les patrons riraient jaune. D’ailleurs, dès le lendemain, l’INSEE alertait sur le fait que ce risque était désormais bien réel.  

Mais la fin de la démonstration qui annonçait le désastre en cours, personne ne l’entendait, trop occupés qu’ils étaient à se taper sur les cuisses et à essuyer leurs larmes. Certains peuvent reprocher au leader de LFI sa verve théâtrale, mais force est d’admettre que le patronat organise depuis des décennies une mise en scène de tragédiens grecs, jouant les Cassandre en comparant la moindre régulation à un oukase bolchévique.

Certes, l’augmentation des salaires pourrait être compliquée à gérer pour certaines entreprises. Un artisan qui avance sa TVA ou un boulanger dont le prix de l’électricité explose n’ont pas les mêmes marges de manœuvre que les grands groupes qui distribuent des milliards de dividendes en expliquant que la conjoncture est difficile. La coiffeuse du coin ne pourra pas délocaliser son activité dans un paradis fiscal, ni le patron du resto routier créer une myriade de sous-filiales pour optimiser son imposition. Mélenchon, lui, dans une réflexion toute keynésienne, table sur le fait que l’augmentation des petits salaires relancera l’économie par la consommation populaire et créera un cycle vertueux. Les petits salaires dépensant, selon lui, immédiatement leurs augmentations pour pouvoir améliorer leur bien-être et celui de leur famille, en rachetant des vêtements au petit ou en remplaçant la vieille Megane diesel à bout de souffle. C’est son pari.

Le MEDEF ne parle pas au nom de toutes les entreprises

Le MEDEF pour sa part se frotte les mains. Car bien qu’il ne représente que 24.2 % des entreprises, il pèse 63.4 % des salariés, (quand l’U2P, un autre syndicat patronal, représente 36.1% des entreprises pour 4.5% des salariés). Et c’est précisément ici que le MEDEF, qui surreprésente les grands groupes, sort son grand numéro d’illusionniste. L’organisation parle au nom de « l’entreprise française » formule suffisamment générale pour mettre dans le même sac le garagiste de région et la multinationale pétrolière. Pourtant, dès qu’on parle d’augmentation de salaire, ce que les cadres du mouvement mettent en avant, ce sont les difficultés du petit patron pour, comme d’habitude quand ils n’éclatent pas de rire, pleurnicher sur le rôle invasif de l’État.


Des aides publiques en cascade, sans véritable contrôle

On les entend pourtant bien moins à propos des torrents d’argent public qu'ils récupèrent chaque année. Une commission d’enquête du Sénat a estimé les soutiens aux entreprises à 108 milliards d’euros par an, voire à 211 milliards si on compte large, pour l’année 2023. France Stratégie, qui n’est pas une officine de gauchistes, compte de son côté à peu près 112 milliards. À ces niveaux, on n’est plus à un milliard près, mais gardons en tête que le déficit du budget de l’État était estimé à environ 124 milliards en 2025. Bref, le Sénat a recensé plus de 2200 aides différentes, et leur évaluation est pour le moins lacunaire quand elle n’est pas inexistante. Si le prochain gouvernement décidait d’en supprimer un bon nombre, les rires resteraient ils aussi sonores ?

Mais après tout, ils le méritent ! C’est bien connu, la fortune vient uniquement du dur labeur. C’est bien pour cela que certaines femmes de ménage d’origine subsaharienne, habitant en banlieue, élevant seules plusieurs enfants et cumulant quatre emplois dispersés dans toute la ville sont naturellement milliardaires.

Hériter n’est pas une faute, personne ne choisit où il naît. Mais ceux qui transforment sans honte leur naissance, les patrimoines accumulés, les entreprises familiales et leur capital social et culturel en héroïsme entrepreneurial sont les mêmes qui, une fois transportés par hélicoptère au sommet de la montagne, expliqueraient à ceux qui la grimpent à bout de bras qu’ils manquent de tonus.


L’entreprise ne crée rien sans celles et ceux qui y travaillent

Le plus mensonger, dans le récit bourgeois, c'est la sacralisation de « l’entrepreneur », figure divine qui créerait de la richesse ex-nihilo entre un comex et un macchiato. Rappelons-le : un patron sans salarié aura bien du mal à créer quoi que ce soit. L’entreprise est un collectif : des salariés qui fabriquent, vendent, nettoient, livrent, programment, entretiennent les machines, répondent aux clients, tiennent la comptabilité, transmettent les savoir-faire. Le capital, lui, finance.

Confondre le propriétaire de l’Opéra avec l’orchestre philharmonique qui y joue est une des plus vieilles escroqueries économiques. Il ne s’agit pas de condamner les privilégiés, mais seulement de les reconnaître pour ce qu’ils sont, surtout lorsque ceux qui en bénéficient demandent aux salariés de se serrer la ceinture au nom du mérite.

Quoiqu’on pense de lui, sur ce coup, Jean-Luc Mélenchon l'a joué fine. Il a joué l’opposition frontale, et a obtenu ce qu’aucun discours ne peut offrir si clairement : une image nette du rapport de classe. À Roland-Garros, l’idée de mieux payer celles et ceux qui font tourner le pays a déclenché l’hilarité. Face à un tel mépris et une telle morgue, il ne sert à rien de demander poliment sa part : il faut la conquérir.

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Jean Korzeniowski
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