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Article Culture
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Programmation d'un groupe de metal néonazi, prorusse et masculiniste : le festival Motocultor persiste et signe

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Sofia Soldà

Sofia a vécu à Venise puis à Paris. Elle n'aime pas écrire sur l'extrême droite ni le climat, mais c’est difficile de faire autrement. Objectif de carrière : journaliste. Objectif de vie : journaliste riche.

Programmation d'un groupe de metal néonazi, prorusse et masculiniste : le festival Motocultor persiste et signe
Truant

Tatouages néonazis, transphobie, sympathies prorusses : le CV du chanteur de Slaughter to Prevail ne l'a pas empêché d'être programmé au festival Motocultor ce vendredi 14 août, malgré les récentes inquiétudes des bénévoles.

Le Motocultor de Carhaix, dans le Finistère, est le deuxième plus grand festival de metal de France derrière le Hellfest. Pour sa 17e édition, il a choisi d'inviter parmi ses têtes d'affiche le groupe russe Slaughter to Prevail, qui doit se produire vendredi 14 août. L'annonce de la programmation avait déjà fait grincer des dents il y a un an : le groupe de deathcore traîne dans ses étuis à guitare des sympathies néonazies, un alignement avec le Kremlin et des prises de position transphobes et machos. Malgré l'inquiétude d'associations et des bénévoles, qui ont eu une réunion à ce sujet avec la direction du festival, cette dernière persiste et signe.

Un CV de bisounours

Le chanteur du groupe, Alex Terrible (de son vrai nom Aleksandr Shikolai), a longtemps arboré un tatouage de soleil noir ainsi qu'une rune d'Odal, deux symboles néonazis, avant de les faire recouvrir après l'interdiction du groupe de se produire en Europe. Mais le groupe continue malgré tout de vendre des masques ornés de ces runes appréciées des fascistes en herbe.

Le groupe excelle aussi sur le volet de la haine des minorités sexuelles, Alex Terrible s'étant illustré à plusieurs reprises par des propos transphobes assumés, gagnant au passage le soutien affiché de son pote Ronnie Radke (chanteur de Falling In Reverse, lui-même banni de TikTok pour propos haineux envers les personnes trans), comme le rapportait déjà The PRP en 2023. Pour la présidente de SOS homophobie, qui s'exprimait dans Mediapart, inviter la formation représente « une forme de mise en danger de l’auditoire, qui sera exposé à des idées dangereuses », en plus de « drainer un certain public qui peut être une menace pour les festivalier·ères ».

« Fier d'être Russe »

En prime, depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, plusieurs associations pro-ukrainiennes ont déjà alerté sur les comportements dérangeants du groupe à l'heure de l'invasion unilatérale de l'Ukraine. En Finlande, l'Association ukrainienne a dénoncé en 2025 l'invitation du groupe au festival Tuska, pointant un chanteur qui « utilise ouvertement des symboles impériaux russes » et se déclare « fier d'être Russe » sur les scènes internationales, tout en affirmant avoir eu la confirmation que le frontman comptait reverser les recettes du concert à une école militaire russe pour cadets. « Programmer des néonazis russes dans un festival de musique populaire en France, alors que l’invasion de l’Ukraine fait rage, revient à normaliser leur idéologie toxique », s'effarait l'association française Stand with Ukraine dans Mediapart.

En Suède, le Nordic Ukraine Forum a réclamé, début 2026, l'annulation de deux dates du groupe, l'accusant de continuer à représenter la Russie en brandissant son drapeau sur scène. À décharge, le groupe avait publié en 2022, au lendemain de l'invasion, un communiqué appelant à ne pas faire de « tout le peuple russe un complice ». Un discours qui tranche avec les symboles patriotiques russes brandis régulièrement depuis la scène et présents sur leurs produits dérivés. 

Des bénévoles tirent la sonnette d’alarme

Face à cette programmation, un collectif de bénévoles du festival a interpellé la direction dès juin 2026, inquiet·es de voir le Motocultor légitimer des discours allant à contre-courant de leurs valeurs et de celles affichées par le festival.

Dans un e-mail que Narval a pu consulter, les bénévoles estiment que les preuves « de son appartenance à des gangs et groupuscules néonazis sont accablantes » et indiquent craindre que les inviter donne à ceux qui partagent leur idéologie l'impression qu'ils sont également les bienvenus. Les bénévoles reprochent également à la direction de « faire du Motocultor un lieu où les personnes sexisées, racisées et queer n'ont plus leur place, ne pouvant plus y évoluer en toute sécurité ».

La direction assure que... rien ne va changer

Après plusieurs échanges par e-mail, le président du festival, Yann Le Baraillec, a fini par accepter une visioconférence, le 22 juillet, pour en discuter « de vive voix ». Dans son message envoyé aux bénévoles avant l'échange, il écrit avoir « pleinement conscience que la présence de Slaughter to Prevail au Motocultor Festival 2026 suscite de vives réactions », tout en assurant que « cette situation ne remet en aucun cas en cause les valeurs humanistes, féministes et d'égalité qui fondent le Motocultor Festival ». Sa « volonté », écrit-il, « demeure inchangée : faire du Motocultor Festival un lieu sûr, accueillant et respectueux pour les bénévoles, les salariés, les artistes, les partenaires et les festivaliers ».

L’année dernière déjà, alors que l'annonce de la programmation du groupe faisait déjà couler beaucoup d'encre, Yann Le Baraillec se justifiait auprès de Mediapart en évoquant la valeur (pécuniaire) de Slaughter to Prevail, leurs millions d’écoutes mensuelles sur Spotify et la « présence de l’un de leurs titres dans le jeu vidéo Call of Duty: Modern Warfare III ». Contacté par Narval, il n'a pas répondu à nos sollicitations.

Bonne nouvelle donc pour les festivalier·es nostalgiques d'une certaine idéologie qui a mis le monde à feu et à sang : malgré, de l'aveu même de Yann Le Baraillec, une hausse des violences sexistes et sexuelles constatée sur le site en 2025, et une billetterie en berne pour la date du concert, la direction a choisi de maintenir sa programmation. Elle assure dans le même temps poursuivre « le renforcement de [ses] dispositifs de prévention, d'accompagnement, de lutte contre les VHSS et de sécurité ».

On appréciera la cohérence.

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