Le RN, le capital et les ultra-riches PARTIE 2/2 : les médias déroulent le tapis rouge à l'autoritarisme
Juriste de formation, il ne dit que la vérité, rien que la vérité.
Tout sauf un programme social qui redistribuerait les richesses ! La gauche fait paniquer les milliardaires et le patronat, qui utilisent leurs médias pour dérouler le tapis rouge à l'extrême droite. Décryptage de l'alliance entre le capital et l’autoritarisme.
Le patronat fait des cauchemars en imaginant l’arrivée d’une véritable gauche sociale et égalitaire au pouvoir qui serait susceptible de mettre en place son programme. Rien ne l'inquiète plus que le programme du NFP, structuré, cohérent et relativement complet. Même Geoffroy Roux de Bézieux, ancien président du Medef, avait dû reconnaître devant Mélenchon en 2022 que ce dernier était « prêt à gouverner, avec un programme solide et cohérent. » De quoi rendre nerveux même les plus placides des grands patrons.
C’est là qu’entrent en jeu les médias bourgeois. Et à leur petit jeu, tout est permis.
Juin 2024. Après la dissolution, Vincent Bolloré convoque personnellement Éric Ciotti chez lui, villa Montmorency à Paris, pour orchestrer son ralliement au RN. Puis ses médias — CNews, C8, Europe 1, Le JDD, Paris Match — se mettent en branle : « Il joue de ses synergies et des chambres d’écho de ses chaînes de télé, radio et journaux pour imposer thèmes et tempo de la campagne législative », écrit alors Le Monde. Le groupe Bolloré « ne se contente pas de défendre la nécessité d’une coalition entre la droite parlementaire et les extrêmes droites ; il performe, il agit, à la manière d’un véritable parti politique ».
Sur C8, Cyril Hanouna appelle en direct Jordan Bardella pour organiser une alliance entre partis d’extrême droite. L’Arcom, le gendarme des médias, épingle la chaîne pour s’être comportée comme « un entremetteur entre deux formations politiques », en violation des principes de neutralité et de pluralisme.
Guerre médiatique contre la gauche
Pendant ce temps, le Nouveau Front populaire subit une « guerre médiatique » systématique, comme le note Acrimed : « Les médias dominants ont réussi à faire oublier la victoire de la gauche aux élections, normalisant le coup de force antidémocratique du camp présidentiel ». Pourtant, à sa lecture on se rend compte que le programme du NFP est d’une tonalité modérée — keynésien, redistributif, réformiste. Moins audacieux que celui porté par la gauche en 1981. Rien d'extrême qui ne justifie la panique orchestrée. Les bourgeois paniquent quand même, à l’instar du très oubliable ministre de l’Éducation Luc Ferry, qui a son rond de serviette sur LCI et qui explique qu’il voterait Bardella plutôt que Mélenchon au second tour de la présidentielle.
Sans le capital, l’extrême droite reste un groupuscule de comptoir
Sans l’argent, l’influence et la puissance du patronat, le RN n’aurait sans doute pas l’ombre d’une chance d’accéder au pouvoir. En Wallonie, où un strict cordon sanitaire autour de l’extrême droite est respecté, elle fait des scores anecdotiques. En France, certains mettent toute leur puissance financière pour mener à bien le projet de placer le pays sous le joug de l’extrême droite.
C'est le cas de l’inénarrable Bolloré qui met la puissance de CNews, d’Europe1 et de ses maisons d’édition Fayard et Grasset au service d’une union des droites, offrant au RN un tapis rouge médiatique, mais aussi du milliardaire Pierre-Edouard Stérin, patron des sympatiques Smartbox et exilé fiscal en Belgique. Ce dernier pilote un « plan Périclès » doté de 150 millions d’euros sur dix ans pour financer think tanks, médias identitaires, candidatures RN et « guerre juridique » contre ses adversaires. Son bras droit, François Durvye, a déboursé via une SCI dont il détient 80 % des parts, 2,5 millions d'euros pour racheter la villa des Le Pen à Montmorency. Il leur permet de faire une très jolie plus-value tout en confirmant le programme économique pro-entreprises du parti.
Pactiser contre le peuple
Dans son livre Collaborations : enquête sur l’extrême droite et les milieux d’affaires (la Découverte, 2025), le journaliste Laurent Mauduit écrit : « Ce qui attire les milieux d’affaires, c'est l’idée d’un capitalisme sans entraves, affranchi des règles les plus élémentaires de la démocratie. » Que le RN soit l’héritier d’un parti fondé par un tortionnaire et un ancien Waffen SS ? On s’en fout. Que Bardella promette de « sabrer » dans les droits sociaux ? Encore mieux. Que Marine Le Pen incarne un projet autoritaire et xénophobe ? Tant que les impôts de production baissent et que les syndicats sont muselés, tout va bien.
Le capitalisme ne choisit ses alliés qu’en fonction de leur utilité. Bardella et Le Pen ne seront jamais les défenseurs des classes populaires. Mais ils pourraient bien devenir les exécuteurs des basses œuvres de la bourgeoisie.
Pour rappel, le RN a toujours voté contre les travailleurs au profit des patrons :
En 2022, le Rassemblement vote contre l’augmentation du SMIC à 1,500€
En 2023, ils votent contre l’indexation des salaires sur inflation et le rétablissement de l’ISF.
En 2025, sans surprise, le parti vote contre la taxe Zucman sur les patrimoines s’élevant à plus de cent milliards d’euros.