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Attentat dans les Yvelines : le docteur prescrit une campagne de blanchiment pour terroriste raciste

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Benjamin Jung

Journaliste, auteur et réalisateur, il travaille sur les conflits modernes, la politique internationale, les affaires, le crime organisé, les violations des droits humains et les musiques extrêmes. Il est directeur de la rédaction de Narval.

Attentat dans les Yvelines : le docteur prescrit une campagne de blanchiment pour terroriste raciste
Truant

Après l'attentat raciste meurtrier de Trappes et La Verrière, la droite et une partie des médias s’empressent de psychiatriser le tueur. Un paravent commode pour masquer la menace grandissante du terrorisme d’extrême droite.

On connaissait le refrain sur le « loup solitaire », variante pimpante du militant d’extrême droite armé jusqu’aux dents. Voici venir la nouvelle petite musique médiatico-politique : le récital du « fou à lier ». Dès qu’un illuminé imbibé de haine raciale prend un pistolet-mitrailleur pour arroser des Noirs et des Arabes, la droite et une partie du PAF se précipitent, le stéthoscope entre les dents, pour nous rassurer : circulez, y a rien à voir, c’est de la psychiatrie !

Vendredi 23 octobre, à Trappes et La Verrière, la psychiatrie avait pourtant l’odeur de la poudre et le visage de Kevin T., 39 ans, meurtrier raciste, politisé et convaincu. Douze kilomètres au volant d’une Clio et 128 douilles crachées en un quart d’heure. Bilan : un mort, Pengo Bossio Wangi, un jeune espoir du MMA de 26 ans abattu parce qu’il était noir, et cinq blessés, dont trois dans un état gravissime. Par miracle, le pronostic vital d’une enfant de 12 ans, mitraillée et mutilée par huit balles, n’est plus engagé. Pour les enragés télévisuels, il faut d’urgence trouver un diagnostic médical pour détourner du débat sur le racisme systémique et la dangerosité des idées d’extrême droite, qu’il semble falloir prouver à nouveau.

La panoplie du fanatique d’ultradroite

Prenons la panoplie de notre élément isolé qui n’a aucun lien avec l’idéologie raciste : à son domicile de la ville de Plaisir, piégé par des bouteilles de gaz reliées à un minuteur façon commando, un exemplaire de Mein Kampf. Et sur ses réseaux sociaux, des messages « Le RN n’est pas ton ennemi » ou « Marine est ton amie », rapporte Mediapart. Aux premiers policiers venus le cueillir à Coignières, Kevin a eu ce cri du cœur d’une grande lucidité, se félicitant d'avoir « vengé les commerçants » après les débordements du 17 octobre en s'en prenant spécifiquement aux « Noirs et aux Arabes ». Même le président Macron, dans un élan de bravoure terminologique assez rare, a parlé d’un « attentat à connotation raciste », soulignant que le tireur avait scrupuleusement « épargné des gens en raison de leur couleur de peau ».

Mais non, voyez-vous, le bonhomme se disait schizophrène. Hop ! Direction l’Infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police. Durant quarante-huit heures, les fachillons à la mode et leurs médias préférés ont retenu leur souffle, espérant le non-lieu psychiatrique parfait. Pas de chance : le procureur de la République antiterroriste, Olivier Christen, a sifflé la fin de la récréation médicale. Pas de symptômes de décompensation aiguë, pas d'hallucinations, pas de délires. Kevin savait parfaitement ce qu’il faisait. Sa garde à vue devant la Sous-direction antiterroriste (SDAT) a pu reprendre.

Kevin ne s’est pas radicalisé chez le psy

Ce petit numéro de passe-passe psychiatrique n'est pas une première. On se souvient de Claude Sinké, 84 ans, ancien candidat du Front national qui, en 2019, s'en était allé brûler la mosquée de Bayonne et tirer sur des septuagénaires pour « venger Notre-Dame ». À l’époque déjà, la justice et les médias s'interrogeaient longuement sur son « état de santé psychique ». Comme il est étonnant que le réarmement idéologique de la haine produise toujours d'étranges accès de somnambulisme armé chez les admirateurs des Le Pen et d’Éric Zemmour !

Que la santé mentale soit un sujet important, personne ne le nie. Mais transformer une idéologie meurtrière en simple dossier médical est une escroquerie intellectuelle destinée à masquer une réalité embarrassante : Kevin T. ne s'est pas radicalisé dans un cabinet de psychiatrie, mais en bouffant des kilomètres d'antenne sur les chaînes d’info en continu, selon un de ses proches.

Une banalisation de la violence raciste

Le drame de Trappes et de La Verrière s’inscrit dans une terrifiante banalisation de la violence raciste. La DILCRAH (le service du Premier ministre qui pilote la politique de l'État contre le racisme et les discriminations en tout genre) nous apprend qu’entre 2024 et 2025, les crimes et délits racistes ont bondi de 5 % en France, totalisant 10 100 victimes recensées et plus de 1,7 million de personnes déclarant avoir subi des atteintes racistes. Selon un décompte du journal Politis, en vingt-cinq ans, les meurtres racistes ont fait 18 morts en France. On se rappelle d'Angela Rostas, femme rom enceinte abattue en Haute-Savoie en février 2024, d'Hichem Miraoui tué dans le Var en mai 2025, ou encore d'Ismaël Aali, retrouvé mort près de Lyon en janvier 2026. En juin dernier, la DGSI mettait la main en Alsace sur un gamin qui projetait une attaque à main armée dans un établissement scolaire, galvanisé par les élucubrations numériques radicalisées de la nébuleuse fascisante de la « True Crime Community » qui idolâtre les tueurs de masse.

Pendant que des milices d'extrême droite masquées attaquent les cortèges syndicaux à Lyon, Bordeaux, Montpellier, Nancy ou Rouen sous l'œil parfois bienveillant des CRS, les services de renseignement grincent des dents face à la montée de la menace identitaire. Dans leurs notes, les agents redoutent ouvertement la prolifération de ces profils autoradicalisés, imprégnés par la théorie du grand remplacement et galvanisés par les milieux identitaires.

Ce terrorisme d'ultradroite constitue désormais l'une des menaces les plus explosives du territoire. Mais la droite réactionnaire et ses éditorialistes sont formels : tout cela n’est qu’une malheureuse affaire d'aliénés. Un jour pourtant, il faudra bien admettre que ce mal-là ne se soigne pas avec des neuroleptiques, mais par la lutte contre une idéologie fascisante qui arme patiemment les esprits avant d'approvisionner les chargeurs.

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