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SMS Méditerranée : le téléphone portable, ligne de vie des exilés

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Héliantème Martinez

Journaliste stagiaire chez Narval. Elle s’intéresse aux migrations, qu'elle étudie à l'université de Poitiers.

SMS Méditerranée : le téléphone portable, ligne de vie des exilés
© Faujour

Carte, boussole, passeport, boîte aux lettres… Le téléphone portable est devenu un compagnon de route essentiel pour les personnes exilées. Narval est allé à la rencontre de celles et ceux qui ont pris la route avec ce couteau suisse vital, souvent confisqué par les forces de l’ordre.

« Je garde toujours le même numéro de téléphone depuis trois ans, parce que depuis mon arrivée en France, j’utilise mon portable comme boîte aux lettres ». Pour Adam, demandeur d’asile originaire du Soudan vivant à Lyon, le téléphone est un guide, une boussole qui l’aide à se repérer. « Si je le perds, je perds une partie de mon historique administratif », ajoute-t-il. Sans téléphone, c’est le rejet et la solitude. Pour ceux qui traversent la moitié de la planète pour fuir le danger et l’oppression, le téléphone portable est essentiel.

De son côté, Jawaher est une journaliste afghane exilée à Paris. Pendant son parcours migratoire, elle a accordé la même importance à son téléphone qu’à des ressources vitales comme l’eau, des aliments en conserve ou des produits d’hygiène : « Perdre son téléphone, ce n’est pas seulement perdre un objet : cela peut aussi signifier perdre des contacts, des documents, des moyens de communication et une partie de ses souvenirs ». 

L’accès à l’électricité est « une question de survie »

La migration est systématiquement synonyme d’isolement. Réfugiée en France depuis plus de vingt ans, Adèle vit le téléphone à la main, connectée à ses proches. Cette Haïtienne garde les yeux rivés sur les tensions politiques dans son pays d’origine et a envoyé ses anciens appareils à ses proches pour s’assurer de pouvoir garder le contact. Léo, réfugié somalien, dresse le même constat : « Ça me permet de conserver un lien avec ma famille et mes amis, tous loin de moi ».

« Ne plus sentir son téléphone dans sa poche provoque une boule au ventre chez presque tout le monde. Pour les personnes exilées, cette peur est décuplée. Avoir son téléphone avec soi représente pour nous un sentiment de réassurance même si la gestion de sa batterie peut provoquer du stress », ajoute Sami, journaliste tunisien en exil. Une angoisse que partage Jawaher : « J’avais une batterie externe, mais cela ne suffisait pas toujours. Parfois, je devais demander à des magasins ou à des cafés l’autorisation de recharger mon téléphone. » Une « question de survie », selon la journaliste afghane.

Mourad, exilé d’origine kabyle habitant à Paris, expose le même constat :  « Tout le monde a des batteries externes sur soi. En Bosnie-Herzégovine, où passent de nombreuses routes migratoires, les travailleurs humanitaires mettaient à disposition des bornes de recharge des appareils électroniques. Il en est de même au cœur des camps de migrants de Calais, où les associations ne distribuent pas seulement de la nourriture ou des vêtements, mais mettent aussi en place des générateurs électriques. »

Quand Mourad s’est fait voler son portable en Croatie, il a réalisé à quel point il s’agissait d’un outil de survie : « Il me permet d’utiliser l’application Maps Me, c’est une carte GPS disponible hors connexion que tous les réfugiés connaissent. Pour pouvoir se repérer, notamment lors d’un passage en forêt, l’accès à un téléphone chargé est vital ».

Le meilleur ennemi

Si Adam juge que son téléphone est son « lien avec sa vie en France », d’autres regrettent la place prépondérante qu’il prend au quotidien. C’est le cas de Sami, qui regrette l’absence de « côté plus humain ». Il ajoute qu’il a dû changer son numéro de téléphone, car il recevait de plus en plus de tentatives de piratage, provenant, selon lui, du gouvernement qu’il a fui. Malgré sa nécessité, le portable reste dangereux pour certains exilés. Les réfugiés politiques comme les journalistes ou les artistes sont d'autant plus menacés car poursuivis par les régimes qu'ils fuient. Le 22 avril 2026, la journaliste libanaise Amal Khalil, tuée par une frappe israélienne, aurait été ciblée grâce à son téléphone.

Pour Jawaher et Sami, le danger réside également dans la quantité de fausses informations auxquelles les migrants sont confrontés via leurs smartphones : « Il n’est pas possible de faire totalement confiance aux informations trouvées sur Internet. Cela peut faire prendre des décisions dangereuses aux exilés qui scrutent les réseaux sociaux pour vérifier des situations aux frontières ou les expériences d’autres personnes ayant suivi le même chemin ».

Une passerelle vers le travail et la précarité

« Aujourd’hui, mon téléphone me sert à chercher des opportunités de travail », explique Adam. Face à l’impossibilité de s’insérer dans le marché de l’emploi classique, notamment à cause des difficultés administratives et de la barrière de la langue, ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers des plateformes comme Uber Eats.

Le téléphone représente dans ces cas une porte d’entrée vers l’économie de la précarité : les migrants sans autorisation de travail louent des comptes préexistants à des personnes auxquelles ils reversent une part de leurs revenus. Ils doivent alors travailler beaucoup plus qu’un travailleur légal pour se sortir un revenu décent. 

Rester à la rue plutôt qu’être privé de téléphone

En cas d’arrestation, le téléphone figure parmi les premiers objets confisqués aux migrants par les forces de l’ordre. Début mars, l'association Utopia 56 avait vivement critiqué la saisie par l'État français des portables de mineurs non accompagnés lors de leur prise en charge dans des centres à Roubaix. Cette mesure, que les autorités départementales jugent indispensable pour protéger ces jeunes des passeurs et les dissuader de rejoindre l'Angleterre tout en favorisant une soi-disant intégration en France, est dénoncée par les militants associatifs. Ces derniers affirment qu'au moins cinquante jeunes ont préféré rester à la rue plutôt qu’être privés de leur unique moyen de communication.

La situation n'est pas plus jolie de l'autre côté de la Manche, où le Home Office (l'équivalent du ministère de l'Intérieur) a autorisé, en janvier dernier, la saisie sans mandat des téléphones et cartes SIM des demandeurs d'asile. Le gouvernement britannique avait défendu cette mesure en exprimant vouloir ainsi collecter des renseignements pour démanteler les réseaux de passeurs. De leur côté, les associations de défense des droits humains craignent une violation du droit à la vie privée et dénoncent des pratiques inhumaines sur des personnes déjà traumatisées.

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