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Famine à huis clos en Ukraine : le Kremlin programme la faim de la ville d'Oleshky

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Joseph Achoury Klejman

Journaliste rock devenu reporter de guerre, il partage son temps entre la France et l'Ukraine, à la recherche de la vérité et du rock and roll.

Famine à huis clos en Ukraine : le Kremlin programme la faim de la ville d'Oleshky
Urbs

Encerclée par les mines, les drones et un blocus impitoyable qui la coupe de toute aide humanitaire, la ville occupée d’Oleshky sombre dans une famine orchestrée par la Russie. Privés de tout, les 6 000 civils ukrainiens restants arrivent à bout de leurs réserves.

« Les Russes interdisent l'acheminement de nourriture pour la population. La voiture d'un bénévole a été attaquée par des drones. » « Hier, j’ai entendu parler d’une famille qui ne mange plus que 2 à 3 cuillères à soupe de sarrasin par jour. » « Les habitants ont survécu grâce à des courges et des conserves. Les vivres s'épuisent. » Tels sont les messages de paniques publiés sur les réseaux sociaux par les habitants affamés de la ville ukrainienne d'Oleshky, cités par le magazine Sestry.

Pendant que le regard du monde est, à juste titre, tourné vers Kyiv — qui subit depuis des semaines une campagne de bombardements massifs menée par l'armée russe —, cette tragédie humanitaire se joue plus au sud. Située sur la rive gauche du Dnipro, Olsehky se trouve à environ 5 km de Kherson et est occupée par la Russie depuis 2022. En 2024, la cité comptait près de 24 000 habitants. Il n'en reste désormais plus que 6000, victimes de malnutrition, du manque de médicaments et de l’absence d’électricité. Les livraisons de nourriture ne sont plus assurées depuis des mois.

Une famine planifiée et des civils pris pour cibles

D'après un communiqué publié le 16 septembre par le Musée national du Génocide de l'Holodomor — un organisme d'État ukrainien consacré à l'histoire des génocides et des crimes contre l'humanité —, les infrastructures essentielles de la ville ont été détruites. Le musée ajoute que « les civils qui tentent de trouver de la nourriture ou de quitter la ville sont pris pour cible par des drones ». Les routes y menant ont également été minées, et la dernière livraison de nourriture à Oleshky remonte au 26 mai. L'institution conclut : « La famine figure parmi les problèmes les plus graves auxquels cette zone est confrontée. » D’après une volontaire venant d’Odesa, Natalia Solebova citée par Euromaidan Press, « les gens récupèrent de l’herbe et cuisinent ce qu’ils peuvent, cherchant dans des caves éventrées pour des restes de nourriture. La faim est présente, vraiment présente ».

Selon des sources locales, les corps de certaines personnes décédées seraient laissés à l'abandon dans les rues. À l'approche de l'automne, la situation risque de s'aggraver encore, à mesure que les stocks de nourriture et d'aliments pour animaux s'épuisent, contraignant de nombreuses familles à abattre leur bétail pour survivre quelques jours de plus. Enfin, l'argent a apparemment perdu toute valeur à Oleshky, forçant les habitants à recourir au troc pour se procurer la moindre denrée de première nécessité.

« Dénoncer ce génocide »

« Nous devons dénoncer ce génocide. Seul ce qui sort de l’ombre et entre dans la lumière devient visible », s'époumone Ester Wratarowa, cofondatrice de l’organisation « HUMANITY » qui exfiltre des personnes des territoires ukrainiens occupés par la Russie, citée par Sestry. La situation, qui n'est pas sans rappeler l’Holodomor — la famine orchestrée par l'Union soviétique ayant tué entre 3,5 et 5 millions d'Ukrainiens dans les années 30 — est savamment orchestrée par le Kremlin. En 2023, l’armée russe a fait sauter le barrage de Kakhovka, inondant la ville, avant d’en sceller tous les accès fin 2025 à l’aide de mines, tout en faisant feu sur les convois humanitaires et les tentatives d’évacuation. Bien que l’Ukraine, soutenue par le Comité international de la Croix-Rouge, ait demandé la création d’un couloir humanitaire pour permettre aux derniers résidents — dont de nombreux enfants et personnes âgées — de fuir cet enfer, les forces russes s'y opposent, selon le commissaire aux droits humains d’Ukraine, Dmytro Lubinets.

« La ville a été transformée en piège mortel »

« La Russie a une nouvelle fois ignoré les normes du droit international humanitaire et les principes élémentaires d’humanité. Nous avions conclu des accords avec la partie russe et établi des procédures précises. De mon côté, j’avais également obtenu le soutien du Comité international de la Croix-Rouge, qui s’était déclaré prêt, conformément à son mandat, à participer à l’évacuation de la population. Nous avions convenu d’une liste de personnes à évacuer d’Olechky. Nous avions effectué le travail nécessaire avec les forces de sécurité et de défense afin de garantir un cessez-le-feu pendant la mission humanitaire », écrit le commissaire aux droits humains sur son canal Telegram, avant de poursuivre : « En outre, nous continuons d'insister auprès de la partie russe sur la nécessité d’une évacuation urgente des personnes qui se trouvent de fait dans une zone grise. Il s’agit de civils qui sont quotidiennement exposés aux bombardements et aux attaques de drones, et qui restent privés de nourriture, d’eau potable, de médicaments et de toute autre aide nécessaire.

« Ces personnes doivent être sauvées car la ville a été transformée en piège mortel », conclue-t-il. Un piège qui illustre la volonté génocidaire de la Russie, qui se manifeste aussi bien dans la suppression de la population ukrainienne que de sa culture. Ainsi, Oleshky, qui a tristement fêté son 942e anniversaire le 12 septembre dernier, soit 205 ans avant la fondation de Moscou, a été rebaptisée de son ancien nom russe « Tsiouroupynsk » par l’occupant en 2023. Une décision justifiée de manière absurde par la volonté « d'annuler les renommages opérés après le coup d'État à Kiev (sic) ».

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