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Article Société
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Le terroriste des Yvelines était fan du RN, raciste, bien préparé et en pleine possession de ses moyens

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Benjamin Jung

Journaliste, auteur et réalisateur, il travaille sur les conflits modernes, la politique internationale, les affaires, le crime organisé, les violations des droits humains et les musiques extrêmes. Il est directeur de la rédaction de Narval.

Le terroriste des Yvelines était fan du RN, raciste, bien préparé et en pleine possession de ses moyens
Truant

C'est le parquet qui le dit : l'attentat qui a fait un mort et sept blessés dans les Yvelines le 23 octobre était raciste et prémédité et ne relevait pas de la psychiatrie. Le suspect répétait même les éléments de langage du Rassemblement national.

Eh non ! Il ne s'agissait pas d'un simple fait divers de plus, ni de la énième crise d'un névrosé égaré dans ses psychoses, mais bien d'une expédition punitive préméditée. Le parquet antiterroriste a fini par appeler un chat un chat en qualifiant officiellement de terroriste et raciste la sanglante fusillade qui a endeuillé les Yvelines le 23 octobre. Kevin T., 39 ans, armé d'un pistolet-mitrailleur y avait a semé la mort, fauchant un jeune homme noir de vingt-six ans, Pengo Bossio Wangi,et blessant sept autres personnes, dont une fillette de onze ans.

Dans sa prise de parole du 29 octobre, le procureur de la République antiterroriste Olivier Christen est formel : les premières investigations réduisent à néant l'hypothèse d'un coup de tête spontané ou d’un délire psychotique : le forcené avait tout planifié de longue date, s'équipant méthodiquement de panoplies tactiques, de menottes et d'attributs factices pour parfaire son macabre scénario. Kevin admet même avoir spécifiquement ciblé des personnes « de type musulman ou africain, nord-africain ».

Les mots du Rassemblement national

Interrogé par les enquêteurs, le tireur n'a manifesté aucun remords, assumant pleinement une démarche qu'il jugeait nécessaire. L'examen minutieux de son environnement a vite fini de dessiner le profil idéologique de l'agresseur, bien loin de la simple décompensation psychiatrique. Au cours des perquisitions, les enquêteurs ont mis la main sur trente autocollants nationalistes portant les mentions « Vive la France », « RN » et « 100 % Français » que Kevin T. a lui-même reconnu avoir dessinés puis fait imprimer en ligne. Ces éléments matériels corroborent les révélations de Mediapart, qui a exhumé des publications pro-Rassemblement national du tueur sur les réseaux sociaux, où celui-ci écrivait « Marine est ton amie » ou encore « Le RN n’est pas ton ennemi ». Il devient difficile de faire passer la tuerie pour un accident de parcours.

« Trappes est un repaire d’islamistes », explique Kevin aux enquêteurs, pour justifier son passage à l’acte. Cet élément de langage est bien connu de quiconque s’intéresse un tant soit peu aux frasques des pontes du RN. En 2021, Marine Le Pen écrivait ce message plein de retenue sur Twitter : « En 30 ans, Trappes est devenue un territoire perdu de la République, sous le poids d’une immigration massive et ininterrompue qui l’a changée en profondeur. Qui peut nier que l’immigration dérégulée a été le moteur de la montée en puissance de l’islamisme dans notre pays ? ». En 2022 Jordan Bardella réitérait sur le plateau de Touche pas à mon poste : « Trappes est éminemment une petite République islamique en miniature, la capitale européenne du djihad ». Dans une déclaration d’une classe rare, trois jours après l’attentat, alors que le pays est en deuil, la vice-présidente du partie, la sénatrice Edwige Diaz, persiste et signe sur le plateau de BFMTV et répète que Trappes est une « ville islamiste ».

Le procureur confirme le mobile raciste

Sitôt l'affaire ébruitée, la vieille ficelle du « fou solitaire » ou du « schizophrène » a pourtant été sortie des tiroirs pour tenter de dédouaner le milieu nourricier de cette haine décomplexée. Le parquet s'est toutefois chargé de balayer d'un revers de main cette commode échappatoire, comme le rappelle le procureur de la République antiterroriste : « L’examen psychiatrique réalisé par le médecin de l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris concluait que Kevin T. ne présentait pas les signes cliniques d’une pathologie psychiatrique aliénante », a-t-il annoncé avant de préciser que « le diagnostic de schizophrénie allégué par Kevin T. était davantage une interprétation de l’intéressé qu’une conclusion médicale. »

La médecine et la justice ayant ainsi démontré que le racisme meurtrier de Kévin n'est pas un syndrome répertorié dans le Vidal, mais bien le produit d'une idéologie partagée par le Rassemblement national et consorts, une information judiciaire est désormais ouverte. Le suspect est donc poursuivi pour assassinat et tentative d’assassinat, tentative de destruction du bien d’autrui par moyen dangereux pour les personnes, acquisition, transport et détention non autorisés de matériel de guerre et association de malfaiteurs terroristes en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteinte aux personnes. Le proc ‘ précise que la « relation avec une entreprise terroriste » est ajoutée à ces chefs car « ils ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée ». On ne pourrait être plus clair.

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