Proximité de la ministre avec Zara et mépris de classe : l'hypocrisie derrière l'interdiction de l'ultra fast-fashion
Journaliste rock devenu reporter de guerre, il partage son temps entre la France et l'Ukraine, à la recherche de la vérité et du rock and roll.
L’ultra fast-fashion est un désastre écologique, mais sa critique vire à la condescendance. En culpabilisant les classes populaires et en épargnant les géants européens comme Zara, dans lesquels notre ministre de l'Écologie a des intérêts, le gouvernement fait-il vraiment de l'écologie sa priorité ?
Le texte est bonne voie. La loi visant à brider l'essor de la fast-fashion vient de passer « une étape décisive dans la guerre contre des géants comme Shein et Temu », se félicite la Fédération française du prêt-à-porter féminin ce jeudi 18 juin sur franceinfo après que députés et sénateurs ont validé une version commune du texte la veille, ouvrant la voie à son adoption définitive.
Entendons-nous bien : l’ultra fast-fashion est un désastre écologique et le symbole d'un consumérisme effréné extrêmement bien représenté par les scandales autour des enseignes telles que SHEIN ou Temu. Cependant, une partie de la critique contemporaine de cette frénésie dépensière des classes populaires (que l’on retrouve aussi chez Action, dont la clientèle ne se défait pas d'une étiquette méprisante) reproduit un vieux schéma paternaliste observé il y a des décennies avec le fast-food (encore un fast !) : des catégories favorisées dénoncent des pratiques de consommation populaires sans regarder les causes économiques de la paupérisation.
Or le gouvernement, dans sa réponse à ce qui est, répétons-le, un véritable problème de société, se trompe de cible en culpabilisant les consommateurs (ces sales pauvres) plutôt qu'en s’attaquant à la racine du mal, à savoir les disparités économiques. Il est plus aisé pour les plus riches de manger bio, d’acheter local ou de privilégier les marques responsables. Mais pour d’autres, la question n'est pas de savoir « quel mode est vertueuse », mais « est-ce que je peux encore me permettre d’acheter ». Cette culpabilisation du consommateur est néfaste : sous couvert d'écologie, elle le pose en perpétuelle victime d’un système oppressif, aggravant encore la fracture sociale.
Les intérêts chez Zara de la ministre de l'Écologie
Quelle est la différence entre un vêtement produit par une enseigne asiatique prédatrice et le même vêtement, produit dans les mêmes zones, mais vendu cinq ou six fois plus cher par une enseigne européenne telle que Zara ? Pourquoi interdire l'un et pas l'autre ?
La déclaration d'intérêts et de situation patrimoniale de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique et ancienne dirigeante de l’ONG écologiste WWF France, mise en ligne le 21 avril par la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP), pourrait donner un indice.
En effet, cette pasionaria de « l’écologie à la française » est aussi douée en placements financiers. Parmi son portefeuille d'actions (une trentaine de grands groupes), on trouve notamment des champions de la protection de la planète tels que BNP Paribas, Dassault Système, ou encore Inditex, géant espagnol... propriétaire de Zara. Sans aller jusqu'à accuser la ministre de favoritisme, disons qu’il est troublant de voir que les marques européennes ont été singulièrement épargnées par le texte examiné ce mercredi au Sénat.
L'hypocrisie des mesures à deux vitesses
« On a trouvé le moyen de protéger les entreprises françaises comme Kiabi, Decathlon, Jules, Etam mais aussi européennes telles Zara et H&M », déclarait à Bercy devant des journalistes Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat.
On le félicitera pour son patriotisme économique, mais il est assez ironique que l’auteur du manifeste Osons Demain, pour la transition écologique des entreprises oublie que 50 % des vêtements non réemployables en ressourceries proviennent de la fast-fashion contre 5 % pour l’ultra fast-fashion. « Quand ils terminent dans une décharge à ciel ouvert, la planète ne fait pas de différence entre un tee-shirt H&M et un tee-shirt Shein », expliquait avec limpidité le collectif Stop fast-fashion dans les colonnes de la Relève et la Peste.
La seule personne qui fait la différence est le consommateur. Car si la critique écologique est légitime, elle devient hypocrite lorsqu’elle exclut du constat les enseignes qui produisent dans les mêmes zones géographiques, en utilisant les mêmes chaînes logistiques et les mêmes sous-traitants. Seule différence : les marques européennes appliquent des marges très élevées et construisent une valeur symbolique et marketing, comme on l’a vu avec la célébration en fanfare des cinquante ans de Zara. Mais il ne s’agit rien de plus que du combat entre deux faces du capitalisme et, à la fin, c’est le consommateur et la planète qui trinquent.